Le Musée d’Histoire de Ouidah
             
 
Les Communautés Disparues du Royaume des Xwéda
 
             

Musée d'Histoire de Ouidah

Exposition : Les Communautés Disparues

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Une histoire du royaume des Xwéda

Le royaume des Xwéda était situé au centre même la « Côte des Esclaves », zone nommée ainsi par les marchands européens, celle-ci étant la source de la majorité des esclaves exportés vers l'Europe et le Nouveau Monde. La Côte des Esclaves englobait la zone entre le fleuve Volta à l'ouest et le Canal de Lagos à l'est. La zone en question se démarquait par sa végétation propre à la sa savane, contrairement à la forêt tropicale humide qui s'étendait vers l'est et l'ouest, tout au long de la côte africaine. Même si cette zone africaine ne constituait pas d'unité indigène, politique ou ethnique, la majeure partie de ses habitants appartenait à la zone linguistique connue sous le nom de Aja-Ewe. Les populations des royaumes d'Allada, des Xwéda et du Dahomey parlaient toutes la langue Aja-Ewe.

La Côte Ouest-Africaine

Le royaume des Xwéda longeait la côte et avait une frontière commune au nord avec le royaume d'Allada. Avec sa capitale à Savi (à présent les environs du village Savi), le royaume menait des activités commerciales depuis le port de Gléwé (aujourd'hui Ouidah). La société des Xwéda était contrôlée par un roi ainsi que par des gouverneurs et des notables, qui lui étaient subordonnés. Le roi « possédait » le royaume dans son intégrité ainsi que ses habitants. Il avait également sa propre position dans le culte religieux. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le royaume et la ville de Savi en particulier étaient densément peuplés. Un des commerçants français nota à l'époque que le royaume des Xwéda était « tellement peuplé de maisons et d'habitants qu'on pourrait dire qu'il formaient une seule ville ». La masse de la population contribua à l'appauvrissement des terres cultivables ; les Européens signalèrent qu'au XVIIe siècle il était presque impossible de trouver de la terre inculte. De ce fait une seule mauvaise récolte pouvait provoquer (ce qui d'ailleurs avait lieu dans la plupart des cas) une famine dont souffrait le royaume entier.

Parallèlement aux autres sociétés occupant la côte occidentale de l'Afrique, les habitants et leurs souverains pratiquait la tradition religieuse du Vodun. Dans le royaume des Xwéda, le culte national le mieux documenté fut celui de Dangbe, Dieu-Serpent, d'après lequel le python était un animal sacré. A l'origine, on s'en remettait à Dangbe pour qu'il veille à la régulation des pluies et à la fertilité du sol, mais il était vénéré également comme divinité principale des Xwéda et garant de ses succès militaires.

On suppose que le royaume des Xwéda fut fondé vers l'an 1500, mais sa prédominance parmi les sociétés de la Côte des Esclaves commença dans les années 80 du XVIIe siècle, l'époque où il réussit à s'approprier la majeure partie du commerce européen des esclaves provenant du royaume d'Allada. En s'adjugeant la plus grosse part dans la traite des esclaves, les Xwéda s'emparèrent des richesses et, par conséquent, du pouvoir. Dès l'année 1690, pourtant, des conflits occasionnels et des guerres commerciales entre les royaumes d'Allada et des Xwéda commencèrent à perturber les relation commerciales de ces derniers avec les Européens, et, en 1714, le royaume d'Allada parvint à regagner la majeure partie du commerce qu'il avait perdue. Dès l'année 1714, les conflits liés à la traite des esclaves prirent de l'ampleur à cause de la situation politique au sein même du royaume des Xwéda : le roi Huffon (placé sur le trône comme enfant et n'ayant alors aucune autorité réelle) atteint sa majorité et commença à faire valoir ses droits et à exercer son pouvoir sur les notables qui avait gouverné le royaume durant sa minorité et en son nom. Pour nuire à Huffon, ils n'hésitèrent pas à faire des démarches auprès du roi d'Allada pour qu'il agisse contre Huffon et l'incitèrent à entraver davantage la prospérité commerciale des Xwéda. Quoique les relations entre les deux états se soient améliorées à la mort du roi d'Allada en 1717, elles se détériorèrent de nouveau peu après et cet état de choses persista jusqu'à la prise du royaume d'Allada par le royaume du Dahomey en 1724.

Représentation  artistique du roi du Dahomey, Agadja.En mars 1727, le roi du Dahomey, Agadja, attaqua le royaume des Xwéda profitant du conflit entre le roi des Xwéda Huffon et les notables. Bien que les forces des Xwéda aient été beaucoup plus importantes que celle du royaume du Dahomey, les villages au nord de Savi furent prises rapidement. Les Xwéda ne montèrent pas la garde au bord de la rivière au nord de Savi, ce qui permit aux Dahoméens de pénétrer facilement et de s'approcher de Savi. Les habitants de la ville s'enfuirent vers Gléwé. Les troupes dahoméennes brûlèrent Savi et détruirent brutalement le royaume des Xwéda. Elles auraient massacré plus de 5 000 personnes et jusqu'à 11 000 auraient été capturée. Les ruines du palais continuait d'exercer une telle importance politique qu'Agadja interdit aux Xwéda de se réinstaller à sa proximité. Le royaume des Xwéda ne s'est jamais remis de cette défaite et son territoire passa ensuite sous le contrôle du royaume du Dahomey.